« J’ai communiqué mes résultats de recherche. »
Super ! Mais est-ce que votre message a réellement été compris par votre public ?
La question mérite d’être posée, car la communication scientifique est encore souvent traitée comme une étape à compléter. On publie un article ou on prépare une présentation : tant que le message se rend jusqu’au public et qu’il ne vit pas d’inconfort, on considère que la case « communication » est cochée [1].
Pourtant, transmettre un contenu et le rendre compréhensible sont deux choses différentes. C’est précisément là que se situe la différence entre la vulgarisation scientifique et la communication scientifique adaptée. La première cherche principalement à rendre un savoir accessible. La seconde s’intéresse aussi à la manière dont ce savoir sera reçu, interprété et utilisé par un public précis.
C’est pour mieux décrire ce travail préparatoire qu’IMPAKT privilégie l’expression « communication scientifique adaptée ». Il ne s’agit pas de rejeter la vulgarisation scientifique, mais de reconnaître que ce terme ne suffit plus, à lui seul, à représenter la diversité des situations de communication auxquelles les scientifiques sont confronté.e.s.
Pourquoi le terme « vulgarisation scientifique » est-il parfois mal perçu ?
Le terme « vulgarisation scientifique » est aujourd’hui utilisé pour désigner des activités très différentes : conférence, vidéo éducative, publication sur les réseaux sociaux ou article de blogue. Le terme est ainsi devenu quelque peu galvaudé.
À l’origine, le mot « vulgarisation » n’a pourtant rien de péjoratif. Il vient du latin vulgus, qui signifie « peuple » ou « population ». Vulgariser consistait donc simplement à rendre un savoir accessible à un public non spécialiste. Toutefois, dans l’usage courant, la portion « vulgaire » est devenue synonyme de quelque chose de grossier ou de mauvaise qualité. Même si cette association ne correspond pas au sens d’origine, elle influence la perception du terme. Vulgariser peut ainsi donner l’impression d’abaisser le niveau du contenu.
Cette perception plus négative a aussi été renforcée par certaines pratiques, dont l’infantilisation du public. À force de vouloir simplifier le message, on risque de sous-estimer sa capacité à comprendre des idées complexes. La communication peut alors prendre un ton condescendant, qui peut créer une distance plutôt que de favoriser la compréhension. Une simplification excessive peut également faire disparaître des nuances essentielles. Lorsque trop de contexte ou d’information sont retirés, le message peut perdre en exactitude et ne plus refléter fidèlement la portée des résultats scientifiques. À cela s’ajoutent les dérives liées au sensationnalisme [2]. Pour attirer l’attention, des nuances méthodologiques ou techniques importantes peuvent disparaître au profit d’un titre accrocheur. Des conclusions complexes peuvent être réduites à une affirmation spectaculaire, qui attire l’attention, mais qui déforme aussi l’état des connaissances.
Avec le temps, ces pratiques ont contribué à associer la vulgarisation à une perte de rigueur, alors qu’une véritable démarche de vulgarisation scientifique est tout le contraire. Le problème ne vient donc pas de la vulgarisation elle-même, mais plutôt des limites du mot pour décrire les réalités actuelles de la communication des savoirs.
Vulgarisation scientifique et communication scientifique adaptée : quelle est la différence ?
La vulgarisation scientifique consiste à rendre un savoir scientifique accessible à un public non spécialiste. Elle explique des notions complexes dans un langage clair, en limitant le jargon et en utilisant des exemples ou des analogies.
La communication scientifique adaptée va plus loin. Elle adapte un message en fonction de plusieurs paramètres : le public, son niveau de connaissance, le contexte, les objectifs de la communication, le canal utilisé, le format choisi, les attentes, les préoccupations ainsi que les interprétations possibles du message [1, 3, 4].
Cette distinction est importante : l’une rend la science accessible au grand public, tandis que l’autre cherche à rendre le message pertinent et compréhensible pour un public précis, dans un contexte précis. Elle repose donc sur une véritable stratégie de communication, où il faut déterminer quoi présenter, à qui, dans quel format et dans quel objectif.
Cette approche devient d’autant plus importante que les scientifiques ne s’adressent pas à un seul type de public.
Communication scientifique : les scientifiques s’adressent à plusieurs publics
Chaque public a ses propres besoins et attentes
Lorsqu’on pense à la vulgarisation scientifique, on imagine souvent une communication destinée à « monsieur et madame Tout-le-Monde ».
Or, les scientifiques s’adressent aussi à des journalistes, à des décideur.se.s politiques, à des partenaires industriels, à des professionnel.le.s ou à des chercheur.seuse.s d’autres disciplines. Ces publics ne possèdent pas les mêmes connaissances, n’ont pas les mêmes responsabilités et n’utiliseront pas les mêmes résultats de la même manière [4, 5].
Communiquer la science exige donc de connaître les personnes auxquelles on s’adresse et de comprendre ce qui rend l’information pertinente pour elles. Cette nécessité d’adaptation ne concerne donc pas seulement les échanges avec le grand public. Elle existe aussi entre scientifiques.
Même entre scientifiques, l’adaptation du message est nécessaire
Avoir une formation scientifique ne signifie pas maîtriser tous les domaines de la science. Deux publics scientifiques issus de disciplines différentes ne partagent pas nécessairement les mêmes connaissances, le même vocabulaire ou les mêmes priorités.
Devant une même étude, un.e chercheur.seuse peut s’intéresser à la méthodologie, à la validité des résultats et aux limites de l’analyse. Un.e clinicien.ne cherchera plutôt à comprendre ce que ces résultats pourraient changer dans sa pratique. Et une personne dans un ministère regardera si la réglementation en vigueur doit évoluer sur la base de cette nouvelle connaissance ou de ces nouvelles pratiques recommandées.
Le savoir scientifique reste le même, mais les éléments à mettre en valeur changent selon le public, le contexte et l’usage prévu. Un même contenu ne peut donc pas être présenté de façon identique à toutes les personnes qui le reçoivent. La communication scientifique adaptée permet précisément de tenir compte de cette diversité et a à cœur d’atteindre ses objectifs.
Concevoir le message en fonction du public et du contexte
Comment traduire ce constat dans la pratique ?
Avant de communiquer, il est utile de se poser quelques questions :
- À qui s’adresse-t-on ?
- Que connaît déjà ce public ?
- Pourquoi cette information est-elle importante pour lui ?
- Quelles questions, préoccupations ou réactions pourrait-il avoir ?
- Que doit-il comprendre, retenir ou faire après avoir reçu l’information ?
- Quel format convient le mieux à la situation ?
Les réponses à ces questions orientent le choix du contenu, du vocabulaire, des exemples, du ton et du format.
Par exemple, un rapport détaillé peut convenir à un comité scientifique, mais être peu utile à une équipe clinique qui doit rapidement comprendre les implications pratiques de cette même information. À l’inverse, une infographie peut être efficace pour présenter quelques constats clés, sans toutefois convenir à une situation où les méthodes et les limites doivent être examinées en profondeur.
La communication scientifique adaptée demande donc d’anticiper la manière dont le message sera reçu. Cette réflexion permet de réduire les malentendus et les mauvaises interprétations.
Cette logique s’applique aussi aux éléments visuels. Dans une visualisation de données, la taille, les couleurs, la typographie et la hiérarchie de l’information influencent la perception. Une donnée peut être exacte, mais être présentée d’une façon qui exagère une différence ou minimise une incertitude, amenant à une fausse interprétation.
Adapter ses communications, c’est donc réfléchir à ce que l’on dit, à la manière dont on le formule et à la façon dont on le présente pour avoir un réel impact.
Aller au-delà de la vulgarisation scientifique
La communication scientifique adaptée peut être vue comme un couteau suisse : elle regroupe plusieurs outils que l’on choisit selon le public, le contexte et l’objectif.
La vulgarisation scientifique fait partie de ces outils. Elle est essentielle lorsqu’il faut rendre un contenu accessible à des personnes qui ne connaissent pas le domaine, mais ne représente qu’une partie du travail de communication.
La vulgarisation permet de rendre la science plus accessible. La communication scientifique adaptée permet d’aller plus loin : elle aide à concevoir un message qui répond à une situation et à un besoin précis.
C’est ce niveau de réflexion supplémentaire qui guide notre approche chez IMPAKT Scientifik.
Sources
[1] Maria Loroño-Leturiondo et Sarah R. Davies (2018). Responsibility and science communication: scientists’ experiences of and perspectives on public communication activities. DOI : 10.1080/23299460.2018.1434739
[2] Andrea Rinaldi (2012). To hype, or not to(o) hype: Communication of science is often tarnished by sensationalization, for which both scientists and the media are responsible.
[3] Nalini M. Nadkarni et coll. (2019). Beyond the Deficit Model: The Ambassador Approach to Public Engagement. DOI : 10.1093/biosci/biz018
[4] Johanna Varner (2014). Scientific Outreach: Toward Effective Public Engagement with Biological Science. DOI : 10.1093/biosci/biu021
[5] Heather Douglas, Megan K. Halpern et Eleanor Louson (2024). Engaging publics in science: a practical typology. DOI : 10.1080/23299460.2024.2419238
Rédaction : Audrey Verret et Emilie Dubois